Production Chroniques d'une pandémie Commande photographique

Luxembourg, avril 2020

La crise sans précédent provoquée par la propagation du coronavirus bouleverse nos habitudes et nos modes de vie, notre utilisation des espaces et nos libertés si intangibles. Le Centre national de l’audiovisuel (CNA) a pour mission de documenter les changements majeurs touchant le Luxembourg. Dans ce contexte, il lance une commande photographique pour témoigner de l’impact de la pandémie sur les environnements sociaux, ainsi que sur les paysages urbains et naturels du Luxembourg. Ces « chroniques d’une pandémie » rendront compte de situations et ambiances souvent insaisissables et irréelles.

Six photographes ont pour mission de réaliser une documentation sur les transformations des paysages, l’arrêt des chantiers, commerces, lieux de culture, de loisirs et touristiques, l’abandon des places publiques, la réduction du trafic routier et aérien et l’annulation des manifestations traditionnelles inscrites dans le calendrier annuel. Leur regard se dirigera aussi vers l’adaptation des habitants face à un contexte inédit, bouleversant à la fois leurs vies personnelles et professionnelles.

Chaque photographe a choisi une région du pays et un sujet à couvrir pendant trois semaines durant le mois d’avril.  Pour rester au plus proche de l’actualité, une série de chaque photographe sera publiée toutes les semaines sur les réseaux sociaux du CNA à partir du 12 avril.

Patrick Galbats - L'amour au temps du Covid-19

Après plus de deux semaines de confinement sans pouvoir rencontrer ses ami(e)s, il me semble qu'une douce euphorie est venue s'installer. Soudainement, nous redécouvrons les longs petits déjeuners en plein milieu de semaine, des repas cuisinés chaque soir ou le plaisir de prendre un café sur son
balcon, au soleil sans bruits de trafic aérien. Les uns commencent à courir, les autres font leur déclaration d'impôts six mois plus tôt que d'habitude. Cette situation nous donne enfin l’opportunité de réaliser ce que nous avons toujours voulu faire.
La période que nous sommes en train de vivre va-t-elle nous rendre le temps perdu?
Mes images, toutes prises pendant le confinement à Bruxelles, sont une trace de ce voyage intime, entre amour, angoisse et légèreté.

 

 

 

 

 

 

 

Romain Girtgen - Investigateur dans le sud du Luxembourg

Investiguer dans Dudelange, Esch et le sud du Luxembourg pendant ce confinement forcé, révèle à moi des paysages urbains et naturels dans un tout nouvel état d’esprit. Ce terrain, qui m’est parfaitement familier et qui en temps normal bourdonne, est soudainement à l’arrêt. Prendre des photos n’est pas facile … il n’y a personne ! On se croirait tous les jours un dimanche après-midi où les gens restent chez eux. Au marché à Esch, quelques personnes osent sortir. Les vitrines des bistrots cachent des chaises repliées et des comptoirs vides…
Je pars en vélo pour capter ces rues vides, l’attente, l’arrêt, les activités en plein air …. et cette nouvelle manière de se rencontrer imposant une distance de 2m et le port d’un masque.
Cette nouvelle situation a aussi un impact sur ma propre vie, ma famille, mon entourage direct. D’un jour à l’autre, on se retrouve isolé de ses proches et la notion de temps commence à prendre une nouvelle dimension.

 

 

Veronique Kolber - On & Off the National 7

Conduire dans ma voiture, seule, le long de la Nationale 7. Prendre différents débouchés et découvrir où la route me mène. Être isolée dans un petit espace, sortir pour respirer cet air frais.

Ce travail n'est pas seulement une commande photographique, il représente le sentiment essentiel d'être libre de déambuler. Quelque chose qui semblait si ordinaire avant le confinement.

Documenter les villes presque vides et les paysages ruraux tranquilles du Nord du Luxembourg. Découvrir si la vie est aujourd'hui plus active dans ces vastes paysages que dans les principales villes du Nord.

Poursuivre la lumière du coucher de soleil à travers ce paysage morose et idyllique, mais avec une sensation très bizarre qui flotte parmi nous tous. Photographier la tombée de la nuit dans le calme. Mais aussi être présente quand un nouveau jour se lève.

Andrés Lejona – La Moselle luxembourgeoise 

Réalisation d’un registre graphique des aspects actuels sur le territoire

J’ai souhaité photographier la vie des habitants de la Moselle au jour le jour, en essayant de trouver les différences entre les ambiances et activités qui peuvent exister actuellement, en comparaison à l’état normal de la société en dehors des temps de pandémie. Mes prises de vues montrent les commerces opérationnels et ceux en arrêt, l’absence ou presque du trafic aérien, terrestre et fluvial, les salles des restaurants vides, la fermeture des accès vers les ponts marquant la frontière avec l’Allemagne, la stagnation des chantiers, la parenthèse de la vie sociale et culturelle (musées écoles, églises, etc).

Carole Melchior - L'instantané mobile (1)

Début avril, je me mets en route, je longe des paysages, je traverse des villages. Je photographie au rythme de ce déplacement, je saisis des bribes, des fragments, je prélève intuitivement. La couleur s'impose. Je roule, je marche, je m'arrête, j'observe.

Après dix-neuf jours de confinement seule chez moi, ce voyage au bord de la frontière semble une expédition. L'impression de sortir d'un vaisseau, ma maison, pour m'aventurer au dehors. Car il m'avait semblé sentir la terre tourner dans cette forme d'immobilité, dans ce territoire physique et psychique modifié. Attentive aux variations de lumière, de température, immergée dans la partition des oiseaux, chaque jour devenait une expérience un peu nouvelle, ma perception du temps se modifiait. Tout m'avait semblé intense ces dernières semaines de mars. De la peur, de la tristesse, de la colère, mais de la joie aussi, et le sentiment d'un printemps.

Mue par ce ressenti, j'aborde cette mission photographique, tentant de découvrir ce que la pandémie transforme dans les lieux que je traverse. Au fond c'est subtil je crois. Je capte alors au fil du chemin, comme les éléments d'une enquête, un relevé numérique, un flux visuel à travers lequel
je laisse une histoire se tisser, comme un instant ordinaire.

(1) J'emprunte ces mots « L'instantané mobile » à Jean-Christophe Bailly, dans son livre « Le dépaysement».

 

Marc Schroeder - BREAK

Le projet proposé s'articule autour de la notion (anglophone) de "Break" qui peut être définie à la fois comme "l'action de rompre" ou comme une "pause".

L'émergence du Covid-19 a provoqué une rupture à tous les niveaux de notre société et système actuel: de larges pans de l'économie, la mobilité des personnes et interactions sociales habituelles ont pratiquement cessé de fonctionner; les dirigeants politiques comme les experts étant aux prises avec le chaos provoqué par le virus comme première mesure pour lutter contre la contagion et afin de gagner du temps, la population a été mise en confinement et ordonnée de rester chez elle.

La deuxième définition, un peu plus optimiste, de "pause" dans le contexte de la crise, est celle d'un intervalle de repos par rapport à nos modes de vie surchargés. Le confinement et la mobilité réduite, offrent peut-être une opportunité de réflexion, une occasion de décélérer, d'inventer de
nouvelles formes de socialisation, de susciter des gestes de solidarité et de développer des mécanismes d'adaptation pour alléger le fardeau des restrictions en vigueur.

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